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Le guide de la propagande (1/3) : vers qui les journalistes peuvent-ils se tourner face à la désinformation à Taïwan ?

This post is partie 1 de 3 in the series Taiwan election propaganda playbook

La propagande reste un défi persistant pour la démocratie taïwanaise, en particulier à l’approche des élections locales. Dans un contexte de tensions militaires avec Taïwan et de tentatives d’ingérence étrangère, la Chine est une source majeure de préoccupation, notamment en raison de la diffusion d’informations trompeuses. Dans ce premier article de la série en trois volets intitulée Le guide de la propagande, Reporters sans frontières (RSF) explore l’écosystème taïwanais de vérification des faits et les ressources auxquelles les journalistes peuvent recourir pour enquêter sur les informations trompeuses.

Vous êtes journaliste à Taïwan et vous venez de tomber sur une affirmation suspecte. Que faire ? Taïwan dispose d’un écosystème diversifié composé d’organismes de vérification des faits, de centres de recherche, d’organisations spécialisées dans les technologies, d’initiatives d’éducation aux médias et de canaux officiels. Ces acteurs peuvent aider les journalistes à identifier, comprendre et vérifier les informations potentiellement trompeuses. Encore faut-il savoir vers qui se tourner et à quel moment.

Vérifier si une affirmation a déjà fait l’objet d’une enquête

Dans un premier temps, les organisations et outils taïwanais suivants peuvent vous aider à déterminer si l’information en question a déjà été examinée.

  • Taiwan FactCheck Center : consultez les vérifications déjà publiées pour savoir si une affirmation circulant en ligne a déjà fait l’objet d’une enquête.
  • FactLink : consultez des recherches et des ressources sur la manipulation de l’information et la désinformation à Taïwan.
  • CoFacts : recherchez des affirmations et des rumeurs, notamment lorsqu’elles circulent sur des applications de messagerie comme LINE.
  • Auntie Meiyu : utilisez ce robot conversationnel sur LINE pour vérifier des messages suspects.
  • Fake News Cleaner : utilisez des outils automatisés pour aider à identifier et à contrer la diffusion de fausses informations.

Ces ressources constituent un premier point de vérification utile. Toutefois, si aucune vérification de l’affirmation en question n’est disponible, il est nécessaire d’approfondir les recherches. Dans tous les cas, les journalistes doivent vérifier les informations importantes de manière indépendante.

Enquêter sur les opérations coordonnées de manipulation de l’information

La manipulation de l’information ne se limite pas toujours à une affirmation isolée. Elle peut également reposer sur des comptes coordonnés, des campagnes organisées et des récits conçus pour influencer l’opinion publique.

  • Taiwan AI Labs : cette organisation taïwanaise de recherche en intelligence artificielle développe des outils permettant d’étudier la manipulation de l’information et les activités coordonnées en ligne.
  • Sa plateforme Infodemic utilise l’IA pour analyser les groupes de trolls présumés, suivre les récits diffusés en ligne et examiner la propagation des campagnes coordonnées. Elle aide ainsi les journalistes à enquêter sur d’éventuelles opérations de désinformation.

Les images, les vidéos et les contenus audio nécessitent également une vérification de plus en plus attentive afin de déterminer s’ils ont été créés par un humain ou générés par l’IA. Face à un contenu que vous soupçonnez d’avoir été généré par l’IA, ne vous fiez pas à un seul outil de détection. Recherchez la version originale de l’image, de la vidéo ou de l’enregistrement audio, vérifiez quand et où il est apparu pour la première fois, et recoupez les informations avant de publier.

Comprendre l’origine d’une affirmation

Vérifier une affirmation isolée ne suffit pas toujours, notamment lorsque celle-ci s’inscrit dans un récit plus large ou dans une campagne coordonnée. Les organismes de recherche suivants peuvent apporter un éclairage supplémentaire.

  • Doublethink Lab : cette organisation de recherche indépendante basée à Taïwan étudie la désinformation chinoise et la manipulation de l’information. Elle publie des rapports qui aident les journalistes à comprendre les récits et les campagnes de plus grande ampleur.
  • China in the World Index : cette initiative internationale de recherche, portée par Doublethink Lab, étudie l’influence de la Chine dans le monde et dans différents secteurs.
  • IORG : cette organisation de la société civile taïwanaise étudie l’environnement informationnel de Taïwan et la désinformation. Elle propose également des ressources et des formations en éducation aux médias.

Ces organisations ne fournissent pas nécessairement une réponse simple en termes de vrai” ou faux”. Leurs recherches peuvent plutôt aider les journalistes à comprendre l’origine d’un récit, sa diffusion et les éléments qui viennent étayer ou contredire les affirmations avancées.

Les autorités affirment qu’une information est fausse. Que faire ensuite ?

Les autorités taïwanaises ont mis en place des canaux permettant de réagir rapidement à la désinformation, notamment par des déclarations officielles et des contre-discours. Ces ressources peuvent être utiles lorsqu’une affirmation fait l’objet d’une contestation publique.

Toutefois, un démenti officiel doit être considéré comme une source parmi d’autres. Les journalistes doivent examiner les éléments sur lesquels il repose et vérifier l’affirmation de manière indépendante.

Le même principe s’applique aux organisations spécialisées dans la lutte contre la désinformation. Leur travail peut être très utile, mais les journalistes doivent examiner leur méthodologie et les preuves qui fondent leurs vérifications, plutôt que de reprendre simplement leurs conclusions.

Aucune vérification préalable n’est disponible. Que faire ?

Lorsqu’aucune organisation n’a encore vérifié une affirmation, il convient de revenir aux principes fondamentaux de la vérification journalistique suivants.

  1. Retrouver la source originale : ne vous contentez pas d’une capture d’écran ou d’une publication repartagée si vous pouvez retrouver la déclaration, le document, la publication en ligne ou le fichier audio ou vidéo d’origine.
  2. Vérifier la date et le contexte : une ancienne information peut être présentée comme un événement récent ou être sortie de son contexte initial.
  3. Identifier l’auteur de l’information : examinez ses intérêts, son expertise et ses éventuelles affiliations politiques.
  4. Examiner les preuves : quels éléments étayent réellement l’affirmation ?
  5. Croiser les sources indépendantes : cherchez des confirmations qui ne proviennent ni de la source initiale ni des acteurs directement concernés.
  6. Distinguer les faits des interprétations : un fait vérifié ne prouve pas nécessairement la conclusion politique qui lui est associée.
  7. Faire preuve de transparence face à l’incertitude : si une affirmation ne peut pas être vérifiée, dites-le plutôt que de présenter une spéculation comme un fait.

Ne pas se fier à une seule source

L’écosystème taïwanais de lutte contre la désinformation repose sur différents acteurs aux rôles complémentaires. Certains surveillent les récits qui circulent, d’autres vérifient les faits, étudient la manipulation de l’information ou se consacrent à l’éducation aux médias.

Les meilleures vérifications reposent souvent sur le croisement de plusieurs sources plutôt que sur la recherche d’une organisation capable de fournir une réponse définitive. Une règle simple pour les journalistes : utiliser les organismes de vérification des faits pour retrouver des informations, consulter les chercheurs pour comprendre le contexte, examiner les sources officielles pour établir la position des autorités, puis vérifier soi-même l’affirmation.

Cet écosystème présente également des limites. Les organisations taïwanaises disposent de moins de ressources que l’État chinois, tandis que la polarisation politique a rendu une partie de la population méfiante à l’égard des organismes de vérification des faits. Pour les journalistes, cela renforce l’importance de la vérification indépendante et de la transparence des méthodes employées.


Cet article a été rédigé par Brian Hioe, journaliste basé à Taipei, à Taïwan. Il couvre un large éventail de sujets liés à Taïwan et à l’Asie de l’Est. Son travail apporte une perspective locale sur les évolutions politiques, sociales et économiques qui façonnent la région.


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