Introduction
Les séismes de grande magnitude provoquent des situations d’urgence qui exigent une couverture rapide, précise et responsable. Dans ces circonstances, les journalistes et les professionnels des médias jouent un rôle essentiel : ils permettent au public d’accéder à des informations vérifiées, contribuent à réduire l’incertitude, à lutter contre la propagation des rumeurs et peuvent participer directement à la protection des vies humaines.
Ce guide fournit des informations pratiques pour le travail journalistique en situation d’urgence sismique, où qu’elle se produise. Il s’appuie sur des principes éthiques et des normes internationales applicables à la couverture des catastrophes. Il doit être consulté en complément des protocoles de sécurité propres à chaque organisation et du cadre juridique en vigueur dans le pays où le journaliste travaille.
1. Principes directeurs de la couverture
Donner la priorité à la vie et à la sécurité. La protection de la population doit primer sur la volonté d’être le premier à publier une information.
- Éviter d’interférer avec les opérations de secours.
- Ne jamais pénétrer dans des zones interdites sans autorisation.
- Suivre les instructions des autorités de protection civile et des services d’urgence.
- Éviter d’exposer inutilement les victimes, leurs proches ou les équipes de secours.
Exactitude et précision. Toute information doit être vérifiée avant sa publication.
- Confirmer les faits auprès d’au moins deux sources fiables.
- Distinguer clairement les faits, les hypothèses et les opinions.
- Corriger toute erreur immédiatement et de manière transparente.
Responsabilité sociale. La couverture doit contribuer à protéger le public et non à alimenter la panique collective.
- Éviter les titres alarmistes.
- Ne pas spéculer sur d’éventuelles répliques ou d’autres catastrophes.
- Ne pas publier de bilans non confirmés du nombre de victimes.
Approche humanitaire. Les personnes affectées doivent être traitées à tout moment avec respect, dignité et sensibilité.
2. Normes et réglementations à prendre en compte
La couverture médiatique doit s’appuyer sur les normes internationales reconnues, ainsi que sur les législations relatives à la presse et à la gestion des catastrophes en vigueur dans le pays où vous travaillez.
- Principes de l’UNESCO : la communication en situation de catastrophe doit fournir des informations fiables, renforcer la résilience des communautés, lutter contre la désinformation et favoriser la participation citoyenne.
- Fédération internationale des journalistes (FIJ) : elle recommande le respect des victimes, une vérification rigoureuse, la protection de la dignité humaine et l’absence d’exploitation de la souffrance.
- Manuel Sphère pour l’action humanitaire : il préconise une communication fondée sur les besoins réels, un accès équitable à l’information et la redevabilité envers les communautés affectées.
- Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR) : il encourage la diffusion de messages de prévention, le renforcement d’une culture de gestion des risques et la promotion d’informations scientifiques validées.
Quel que soit le lieu où vous travaillez, vérifiez si la législation locale comporte des dispositions spécifiques concernant la protection des mineurs, la vie privée ou la diffusion d’informations liées aux catastrophes – c’est le cas dans de nombreux pays.
3. Avant de couvrir un séisme : préparation
Formation de base. Tout journaliste appelé à couvrir une catastrophe devrait avoir les connaissances pratiques suivantes.
- Principes fondamentaux de la sismologie.
- Gestion intégrée des risques.
- Premiers secours.
- Protocoles de protection civile.
Sources officielles prioritaires. Tenez à jour une liste des contacts suivants.
- Les agences de protection civile et de gestion des urgences.
- Les services d’incendie et de secours.
- Les autorités régionales et locales.
- Les services de santé.
- Les universités et les experts en géosciences.
- L’institut national de sismologie ou tout organisme scientifique équivalent.
4. Pendant le séisme
Si un séisme survient alors que vous êtes en reportage, donnez la priorité à votre sécurité et à celle de votre équipe avant de poursuivre toute activité journalistique.
- Cessez immédiatement de travailler. Aucun article, aucune image ou diffusion en direct ne justifie de mettre votre vie en danger.
- Ne sortez pas en courant pendant le séisme. De nombreuses blessures liées aux séismes surviennent lorsque des personnes tentent de se déplacer alors que des débris, du verre ou des éléments de construction tombent.
- Éloignez-vous des fenêtres, façades vitrées, murs extérieurs, étagères, luminaires et équipements lourds susceptibles de tomber ou de se briser.
- Si vous êtes à l’extérieur, dirigez-vous vers un espace dégagé, à distance des bâtiments, murs, ponts, arbres, poteaux électriques et lignes électriques.
- Si vous conduisez, arrêtez-vous dans un endroit sûr, à distance des échangeurs, ponts, tunnels, bâtiments et lignes électriques, et restez dans le véhicule jusqu’à la fin des secousses.
Pour les journalistes sur le terrain
- Ne faites jamais passer la protection du matériel avant votre propre sécurité. Les appareils photo, ordinateurs et autres équipements peuvent être remplacés.
- Suspendez les directs et les prises de vue pendant les fortes secousses. Il est essentiel de rester attentif à son environnement et se concentrer sur la couverture peut retarder les mesures de protection.
- Évitez de provoquer des attroupements ou d’encourager des comportements à risque pour obtenir des images ou des interviews.
- N’entrez pas dans des structures instables, des bâtiments endommagés ou des zones partiellement effondrées pour obtenir des images ou des interviews.
- Restez attentif aux risques secondaires, notamment les chutes de débris, les bris de verre, les incendies, les fuites de gaz, les infrastructures électriques endommagées, les mouvements de foule et les accidents de la circulation.
- Si vous portez des écouteurs ou surveillez des flux audio, retirez-les s’ils réduisent votre capacité à rester attentif aux avertissements, aux bruits provenant des structures et aux instructions des secours.
- Gardez à portée de main les équipements de protection d’urgence, notamment un casque, des chaussures solides, une protection oculaire et un masque anti-poussière ou un respirateur si vous travaillez dans des zones comportant des débris ou des bâtiments effondrés.
Une fois les secousses terminées
- Attendez-vous à des répliques. Elles peuvent survenir dans les minutes qui suivent et être suffisamment fortes pour provoquer de nouveaux dégâts. Soyez prêt à vous mettre immédiatement à terre, vous protéger et vous agripper à nouveau.
- Vérifiez que vous-même et les membres de votre équipe n’êtes pas blessés avant de reprendre toute activité.
- Évaluez votre environnement avant de vous déplacer. Vérifiez la présence de dommages structurels, de risques de chute, de câbles électriques exposés, de fuites de gaz, d’incendies et de routes ou de ponts endommagés.
- Éloignez-vous des structures visiblement endommagées et établissez une position de travail sûre avant de reprendre la couverture.
- Informez votre rédacteur en chef, votre référent sécurité ou votre contact désigné de votre situation dès que les communications le permettent.
- Ne reprenez la couverture qu’après avoir effectué une évaluation rapide des risques et confirmé que les conditions permettent de travailler en toute sécurité.
5. Couverture immédiate après le séisme
Informations à privilégier
- Magnitude et localisation de l’événement.
- Heure officielle du séisme.
- Zones touchées.
- Mesures de protection destinées au public.
- Voies de transport et de communication ouvertes.
- Refuges et centres d’assistance officiels.
Informations à éviter
- Les rumeurs concernant des tsunamis ou de nouveaux séismes sans confirmation scientifique, ainsi que toute information non vérifiée.
- Les bilans non officiels du nombre de victimes.
- Les informations non vérifiées circulant sur les réseaux sociaux.
6. Gestion responsable des images et des interviews
Respecter la dignité des personnes affectées
- Évitez le sensationnalisme. Documentez les conséquences du séisme sans exploiter la souffrance des personnes.
- Ne publiez pas d’images graphiques de cadavres, de blessures graves ou de personnes manifestement en détresse, sauf en cas d’intérêt public majeur.
- Demandez-vous si une image informe réellement le public ou si elle vise principalement à provoquer un choc.
Interviewer les survivants
- Dans la mesure du possible, présentez-vous comme journaliste avant de poser des questions.
- Expliquez l’objectif de l’interview et la manière dont le contenu pourra être utilisé.
- Demandez à la personne si elle se sent en mesure de parler. Les survivants peuvent être sous le choc, en deuil, blessés ou à la recherche de proches disparus.
- Respectez immédiatement tout refus et ne sollicitez pas à nouveau une personne qui a refusé.
- Évitez de mener des interviews pendant les opérations de secours, les soins médicaux ou les moments de détresse aiguë.
Travailler à proximité des opérations de secours
- N’interférez jamais avec les intervenants d’urgence pour obtenir des images ou des interviews.
- Maintenez une distance de sécurité par rapport aux opérations de recherche et de sauvetage et suivez les instructions des autorités.
- N’obstruez pas les voies d’évacuation ou l’accès aux véhicules d’urgence.
- Évitez de demander aux secouristes ou aux proches de répéter certaines actions uniquement pour la caméra.
Vie privée et identification
- Évitez de révéler des informations personnelles susceptibles de mettre en danger les survivants ou de les exposer inutilement, telles que leur adresse, la localisation d’un refuge temporaire ou l’identité de personnes encore recherchées.
- Envisagez de flouter les éléments permettant d’identifier une personne lorsqu’ils n’apportent aucune valeur journalistique.
Enfants et personnes vulnérables
- N’interviewez pas des enfants non accompagnés sans prendre les mesures appropriées pour protéger leur bien-être et garantir le respect de la réglementation locale.
- N’identifiez pas les enfants blessés ou décédés avant que les autorités n’aient informé leurs familles.
- Évitez de filmer des enfants dans des moments de détresse ou de traumatisme extrêmes.
- Faites preuve d’une prudence particulière lors des interviews de personnes âgées, de personnes en situation de handicap, ou en état de choc psychologique.
Vérification
- Distinguez clairement les informations vérifiées des témoignages directs ou des rumeurs.
- Ne relayez pas les informations non confirmées concernant les victimes, les personnes disparues, les effondrements de bâtiments ou de nouveaux séismes.
- Vérifiez les informations auprès de sources officielles ou de plusieurs témoins indépendants avant publication.
Principes journalistiques
- Avant de publier, posez-vous la question suivante : cette image ou cette interview contribue-t-elle à la compréhension de la catastrophe par le public, ou expose-t-elle principalement la souffrance d’une personne ?
7. Utilisation responsable des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux peuvent constituer une source d’information, mais aussi un vecteur de désinformation.
Vérifications essentielles
- La date à laquelle les photos et vidéos ont été prises.
- Le lieu où elles ont été enregistrées.
- L’identité de la personne qui a créé le contenu.
- Le contexte réel des images.
Indiquez clairement le statut de l’information, en distinguant les informations vérifiées des contenus non confirmés.
8. Communication sur les risques
Les journalistes peuvent contribuer à renforcer la gestion des risques pendant une catastrophe.
Messages utiles à partager
- Risque de répliques.
- Zones sûres.
- Points de rassemblement.
- Numéros d’urgence.
- Mesures d’autoprotection.
Employez un langage prudent. Privilégiez les formulations suivantes.
- “Selon les informations officielles confirmées… ”
- “Les autorités indiquent que l’évaluation est toujours en cours… ”
- “Aucune confirmation n’a été donnée concernant… ”
Évitez les formulations hyperboliques telles que “catastrophe totale”, “destruction absolue” ou “situation apocalyptique”.
9. Santé mentale et couverture éthique
Les catastrophes ont un impact psychologique profond sur les survivants et les journalistes qui les couvrent.
- Évitez les interviews intrusives.
- Ne faites pas pression sur les personnes qui sont sous le choc.
- Respectez les moments de deuil.
- Évitez de causer un nouveau préjudice aux survivants.
Au lieu de la question “Comment vous sentez-vous après avoir perdu votre famille ?”, privilégiez la formulation “Si vous souhaitez raconter votre expérience, qu’aimeriez-vous que la communauté sache ?”
10. Sécurité de l’équipe de reportage
Toute rédaction envoyant des journalistes sur le terrain devrait s’assurer qu’ils disposent des mesures de sécurité suivantes.
- Un plan d’urgence.
- Des équipements de protection individuelle.
- Des systèmes de communication de secours.
- Des protocoles d’évacuation clairement définis.
Les journalistes ne doivent jamais prendre de risques inutiles pour obtenir des images exclusives.
11. Checklist minimale avant publication
- L’information est-elle confirmée ?
- La source est-elle fiable ?
- Cette information pourrait-elle provoquer une panique injustifiée ?
- Respecte-t-elle la dignité des victimes ?
- Protège-t-elle l’identité des mineurs ?
- Contribue-t-elle à la sécurité du public ?
- Est-elle conforme au droit local applicable ?
- Respecte-t-elle les normes éthiques internationales ?
Conclusion
La couverture des séismes de grande magnitude exige de trouver un équilibre entre le droit du public à l’information et la responsabilité sociale des médias. Les journalistes doivent contribuer à vérifier les faits, fournir des informations utiles et protéger les droits des personnes affectées. Une couverture éthique et professionnelle, respectueuse du cadre juridique applicable, ne se contente pas d’informer : elle contribue à protéger des vies, à renforcer la confiance du public et à soutenir le rétablissement des communautés touchées.
Ce guide reprend des informations du Collège national des journalistes du Venezuela (CNP), issues de son “Guide pratique à l’intention des journalistes couvrant les séismes de forte magnitude au Venezuela”, adaptées et généralisées pour les journalistes couvrant des séismes partout dans le monde. Il a été élaboré dans le cadre du séisme de juin 2026 au Venezuela.